{"id":248,"date":"2020-08-26T15:07:07","date_gmt":"2020-08-26T13:07:07","guid":{"rendered":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/?p=248"},"modified":"2020-11-25T15:09:38","modified_gmt":"2020-11-25T14:09:38","slug":"des-origines-de-la-folie-et-de-la-psychotherapie-artisanale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/?p=248","title":{"rendered":"Des origines de la folie et de la psychoth\u00e9rapie artisanale"},"content":{"rendered":"\n[et_pb_section fb_built=&#8221;1&#8243; _builder_version=&#8221;4.7.0&#8243; _module_preset=&#8221;default&#8221;][et_pb_row _builder_version=&#8221;4.7.0&#8243; _module_preset=&#8221;default&#8221;][et_pb_column _builder_version=&#8221;4.7.0&#8243; _module_preset=&#8221;default&#8221; type=&#8221;4_4&#8243;][et_pb_text _builder_version=&#8221;4.7.0&#8243; _module_preset=&#8221;default&#8221; hover_enabled=&#8221;0&#8243; sticky_enabled=&#8221;0&#8243; text_orientation=&#8221;justified&#8221;]<p><span class=\"d2edcug0 hpfvmrgz qv66sw1b c1et5uql oi732d6d ik7dh3pa fgxwclzu a8c37x1j keod5gw0 nxhoafnm aigsh9s9 d3f4x2em fe6kdd0r mau55g9w c8b282yb iv3no6db jq4qci2q a3bd9o3v knj5qynh oo9gr5id\" dir=\"auto\">Des origines de la folie et de la psychoth\u00e9rapie artisanale<\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 j\u2019aime revenir \u00e0 mes premiers amours en termes de lecture, \u00e0 savoir les romans. Et quand l\u2019intrigue de ceux-ci se d\u00e9ploie dans les myst\u00e8res de la psychologie ou mieux encore de la psychiatrie, quel r\u00e9gal ! Le bal des folles de Victoria Mas : un premier roman que je recommande. Livre humaniste, spirituel et f\u00e9ministe que j\u2019aurais aim\u00e9 plus long et plus dense encore. C\u2019est aussi l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00e9voquer l\u2019\u00e9volution de la discipline depuis 150 ans et ma vision de ce que devrait \u00eatre un bon accompagnement th\u00e9rapeutique des personnes souffrant de troubles psychiques.<\/p>\n<p>Plong\u00e9s en 1885 dans le destin de plusieurs femmes vivant \u00e0 la Salpetri\u00e8re \u00e0 Paris, en tant qu\u2019ali\u00e9n\u00e9es ou infirmi\u00e8res, nous y d\u00e9couvrons ce qu\u2019\u00e9taient l\u2019h\u00f4pital des fous de l\u2019\u00e9poque, les d\u00e9buts de la psychiatrie avec le c\u00e9l\u00e8bre neurologue Jean-Martin Charcot, mais aussi la condition terrible des femmes rel\u00e9gu\u00e9es au rang d\u2019objets par la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et misogyne du XIX\u00e8me si\u00e8cle. C\u2019est l\u2019\u00e9poque des hyst\u00e9riques (du latin hystera signifiant ut\u00e9rus), ces femmes qui fascinent tout autant qu\u2019elles effraient par leurs sympt\u00f4mes \u00e9tranges, incontr\u00f4lables et \u00e9rotis\u00e9s que sont les convulsions ou les paralysies. Ces manifestations physiques provenant de conflits psychiques inconscients ne peuvent se manifester \u00e0 l\u2019\u00e9poque que par ces d\u00e9sordres soudains et envahissants. Le corps parle. Tout autant chez les prostitu\u00e9es, les bourgeoises que chez les lavandi\u00e8res et femmes d\u2019ouvriers, toutes ayant en commun de subir la domination de leurs p\u00e8res, fr\u00e8res et maris pour qui le f\u00e9minin et en particulier le d\u00e9sir f\u00e9minin sont un myst\u00e8re si profond et si puissant qu\u2019ils \u00e9chappent \u00e0 leur pens\u00e9e rationnelle et r\u00e9ductrice et donc doivent \u00eatre cach\u00e9s, opprim\u00e9s et d\u00e9truits. Freud, \u00e9l\u00e8ve de Charcot qui cherchait des origines neurologiques \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie, comprendra plus tard que ce n\u2019est pas en les observant (encore moins avec le voyeurisme des hommes pr\u00e9sents aux cours publics du neurologue star, voyeurisme qui r\u00e9v\u00e8le d\u2019ailleurs la castration psychique \u00e9galement du masculin de cette fin de si\u00e8cle) mais en les \u00e9coutant qu\u2019il est possible de comprendre et de gu\u00e9rir les hyst\u00e9riques.<\/p>\n<p>L\u2019hyst\u00e9rie est un bon exemple de trouble psychique pour pr\u00e9senter le mod\u00e8le aujourd\u2019hui dominant en psychiatrie et en psychologie : le mod\u00e8le bio-psycho-social.<br \/> Tout d\u00e9sordre psychologique proc\u00e8de d\u2019une diversit\u00e9 de causes qui, encore plus que dans la maladie somatique, sont parfois difficiles \u00e0 identifier et \u00e0 d\u00e9m\u00ealer. Dans l\u2019hyst\u00e9rie, l\u2019\u00e9tiologie sociale est exceptionnellement claire : la r\u00e9pression de l\u2019instinct et du pouvoir de la femme (et pas seulement de sa sexualit\u00e9). 150 ans plus tard, l\u2019hyst\u00e9rie n\u2019a pas disparu, elle a pris des formes moins th\u00e9\u00e2trales, plus fines, mais elle est surtout moins visible face aux troubles borderline et narcissiques tr\u00e8s pr\u00e9sents en cette \u00e8re individualiste et consum\u00e9riste.<br \/> Les trajectoires de vie des diff\u00e9rents personnages du roman permettent aussi de mesurer l\u2019impact des \u00e9v\u00e9nements de vie et de l\u2019histoire personnelle plus ou moins tragique sur le d\u00e9veloppement d\u2019un trouble psychique et de rappeler l\u2019effet toujours destructeur du traumatisme sexuel qu\u2019ont en commun toutes les h\u00e9ro\u00efnes de l\u2019histoire. Il est \u00e9tonnant de constater comme cette cause psychog\u00e8ne qui semble \u00eatre aujourd\u2019hui relativement acquise dans nos professions (tellement acquise qu\u2019elle en est parfois banalis\u00e9e dans les \u00e9changes entre professionnels) \u00e9chappait totalement \u00e0 l\u2019\u00e9poque aux analyses des m\u00e9decins, tous de sexe masculin, ceci expliquant probablement cela\u2026<br \/> Quant \u00e0 la derni\u00e8re variable, l\u2019aspect biologique, la psychiatrie a aujourd\u2019hui grandement progress\u00e9 dans l\u2019identification des terrains de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la maladie mentale, gr\u00e2ce notamment \u00e0 la neuroimagerie qui aurait fait r\u00eaver Charcot adepte de l\u2019observation taxinomique de l\u2019hyst\u00e9rie.<br \/> Ainsi, pour appr\u00e9hender la maladie mentale avec justesse et humanisme, une observation compl\u00e8te et fine est de mise et s\u2019appuie sur ces trois facettes biopsychosociales pour n\u2019en d\u00e9laisser aucune. Nos analyses se doivent aussi d\u2019\u00eatre renouvel\u00e9es fr\u00e9quemment, avec le doute comme compagnon fid\u00e8le, pour \u00e9viter \u00e0 tout prix la simplification et la cat\u00e9gorisation dans des cases diagnostiques comme je le vois bien trop souvent dans ma pratique en service hospitalier et qui est toujours d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour le patient.<\/p>\n<p>Ce roman a aussi le m\u00e9rite de nous interroger sur la prise en charge th\u00e9rapeutique des d\u00e9sordres psychologiques, de l\u2019\u00e9poque mais aussi, en reflet, d\u2019aujourd\u2019hui. La fiction de Victoria Mas nous rappelle les m\u00e9thodes barbares utilis\u00e9es alors pour briser les comportements d\u00e9viants et donc mena\u00e7ants pour la soci\u00e9t\u00e9 de ces femmes dites hyst\u00e9riques. Certaines se retrouvaient intern\u00e9es pour adult\u00e8re ou communication m\u00e9diumnique, avec peu de chances de sortir un jour de cet asile-ville qu\u2019\u00e9tait la Salpetri\u00e8re. Les hyst\u00e9riques \u00e9taient soumises \u00e0 des \u00ab th\u00e9rapeutiques \u00bb choquantes comme l\u2019introduction de fer chaud dans le vagin ou la compression des ovaires, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019utilisation de l\u2019hypnose par Charcot puis plus tard la cure psychanalytique freudienne, m\u00e9thodes plus \u00ab efficaces \u00bb bien s\u00fbr mais surtout mettant enfin au centre de la probl\u00e9matique le r\u00f4le de l\u2019inconscient et des refoul\u00e9s \u00e9motionnels. Il a fallu du temps pour que la parole et la mise en sens des sympt\u00f4mes soient enfin reconnues comme th\u00e9rapeutique fondamentale.<\/p>\n<p>Cet acquis est \u00e0 d\u00e9fendre \u00e0 tout prix, d\u2019autant plus au regard de ce qu\u2019ont subi pendant des si\u00e8cles les malades mentaux. En effet je m\u2019inqui\u00e8te parfois d\u2019un retour en arri\u00e8re dans notre psychiatrie publique actuelle. A trop classifier les troubles psychiques, tr\u00e8s probablement pour le b\u00e9n\u00e9fice des laboratoires pharmaceutiques en arri\u00e8re-plan, et \u00e0 trop chercher des m\u00e9thodes ultrasp\u00e9cialis\u00e9es pour tel ou tel trouble, qu\u2019elles soient chimiques ou comportementales, nous courrons le risque de perdre ce qui fait le propre du fonctionnement psychique : sa complexit\u00e9. Je pourrai \u00e9voquer \u00e0 ce propos la situation financi\u00e8re moribonde de nos \u00e9tablissements \u00e9tatiques, victimes de l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme ambiant, mais j\u2019aimerais davantage souligner l\u2019importance de la singularit\u00e9 de toute prise en charge psychique, qui est menac\u00e9e aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Par manque de temps mais aussi parfois par paresse intellectuelle selon moi (en lien avec un manque de reconnaissance par les instances de direction), nous professionnels de la sant\u00e9 psychique ne consacrons pas\/plus assez d\u2019\u00e9nergie et de ressources pour comprendre nos patients. D\u2019o\u00f9 viennent-ils ? Qu\u2019ont-ils v\u00e9cu ? Que vivent-ils aujourd\u2019hui ? Quels sont leurs pens\u00e9es et sentiments profonds ? Et si nous \u00e9coutions \u2013 vraiment \u2013 leur c\u0153ur, leur esprit voire leur \u00e2me, ne pourrions-nous pas bien mieux les comprendre et ainsi leur faire sentir qu\u2019ils peuvent \u00eatre vus et entendus dans leurs souffrances et leurs richesses int\u00e9rieures ? Le chemin vers le mieux-\u00eatre voire la gu\u00e9rison, y compris pour des troubles aussi graves que la psychose, ne passe-t-il pas par une relation authentique d\u2019humain \u00e0 humain, loin de tout manuel du parfait th\u00e9rapeute en 10 le\u00e7ons ?<\/p>\n<p>Les grands cliniciens comme Rogers, Perls, Yalom ou Fosha le d\u00e9fendent depuis des d\u00e9cennies. Lorsque nous d\u00e9marrons dans ce m\u00e9tier, bien souvent cette pens\u00e9e nous habite et nous porte, mais parfois nous la perdons de vue. Moi la premi\u00e8re, quand en arrivant dans mon service le matin je regarde mon agenda bien trop charg\u00e9 et me surprends quelquefois \u00e0 compter avec lassitude ma file active de patients\u2026 Alors je me r\u00e9veille de ma dissociation transitoire et me rappelle pourquoi j\u2019ai choisi de faire ce m\u00e9tier que j\u2019aime profond\u00e9ment et qui m\u2019apprend tellement sur la nature humaine et sur moi-m\u00eame. Je l\u2019ai choisi pour la richesse in\u00e9gal\u00e9e des rencontres avec les personnes en apparence les plus fragiles de notre soci\u00e9t\u00e9 mais qui sont parfois bien moins \u00ab folles \u00bb que mes cong\u00e9n\u00e8res crois\u00e9s au supermarch\u00e9 ou au caf\u00e9 de mon village (et surtout en ces temps obscures o\u00f9 le bon sens et le discernement semblent \u00eatre partis en vill\u00e9giature\u2026). Je l\u2019ai choisi car non seulement il met du sens \u00e0 mon existence propre mais aussi \u00e0 notre existence tout court, ici-bas sur cette plan\u00e8te. Par la rencontre avec mes patients, j\u2019acc\u00e8de \u00e0 plus d\u2019humanit\u00e9 et ce faisant je leur permets d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la leur.<\/p>\n<p>A l\u2019instar d\u2019Emmanuel Venet, psychiatre au Vinatier, qui vient de publier un manifeste court et percutant, je d\u00e9fends ainsi une psychiatrie artisanale contre une \u00ab psychiatrie industrielle, standardis\u00e9e, d\u00e9sincarn\u00e9e et ultrarapide \u00bb. Car tout un chacun, hyst\u00e9rique, d\u00e9prim\u00e9 ou tout simplement un peu anxieux, nous avons besoin d\u2019abord pour survivre puis pour vivre une existence \u00e0 la hauteur de notre potentiel de contacts humains v\u00e9ritables, d\u2019\u00e9changes vrais et sinc\u00e8res et de connexions d\u2019\u00eatre \u00e0 \u00eatre. C\u2019est l\u00e0 le c\u0153ur de la nature humaine et donc celui de la psychologie.<\/p>\n<p>Pour conclure, rappelons-nous de la phrase de Lucien Bonnaf\u00e9, psychiatre d\u00e9sali\u00e9niste : \u00ab On juge du degr\u00e9 de civilisation d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on dont elle traite ses marges, ses fous et ses d\u00e9viants \u00bb<\/p>\n[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":249,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"1080"},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/248"}],"collection":[{"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=248"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/248\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":253,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/248\/revisions\/253"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=248"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=248"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gwenaellepersiaux.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=248"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}